Chaire Laudato si’. Pour une nouvelle exploration de la terre

2021 - Le temps - Synthèse des séances

De mars à décembre 2021 de la première année de la chaire, les séances de recherche sont dédiées au thème du temps, avec les interventions de Jean-Jacques Barbéris (Amundi), Alban Bensa (EHESS), Bernadette Bensaude-Vincent, Dipesh Chakrabarty (Université de Chicago), Jérôme Gaillardet (IPGP), François Hartog (EHESS), Augustin Landier (HEC Paris), Bruno Latour (Sciences Po), Jean-Luc Marion (Académie Française), Nathalie de Noblet (CEA), Bas Smets

Séance 1
LES TEMPS, LES LIEUX, LE COMMUN

Grégory Quenet, titulaire de la chaire Laudato si’. Pour une nouvelle exploration de la terre, du Collège des Bernardins et professeur des Universités en histoire de l’environnement à l’université de Versailles Saint-Quentin Paris-Saclay

Le constat est fait que nous sommes en train de sortir du présentisme. Le constat avait été dressé par François Hartog dans les années 1990, notamment parce que la Terre devient, selon les termes de Bruno Latour, une puissance d’historicisation, faisant surgir des discontinuités et des bornes qui polarisent le temps, où passé, présent et futur sont désorientés par un futur déjà là.

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Séance 2
L’OCCIDENT AUX PRISES AVEC LE TEMPS

François Hartog, directeur d’études retraité de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales

Le « régime chrétien d’historicité » se définit par un présentisme, c’est-à-dire que le présent est la catégorie dominante, mais il s’agit d’un présentisme singulier puisqu’il est de nature apocalyptique. Le temps chrétien est donc une manière singulière d’articuler Chronos, Kairos et Krisis. Il est fort différent du présentisme contemporain puisque le maintenant est aimanté par le double concept Kairos et de Krisis.

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Séance 3
TEMPS ET HISTOIRE CHEZ PHILIPPE DESCOLA
 

Grégory Quenet, titulaire de la chaire Laudato si’. Pour une nouvelle exploration de la terre, du Collège des Bernardins et professeur des Universités en histoire de l’environnement à l’université de Versailles Saint-Quentin Paris-Saclay

Après les ratés de la rencontre entre l’anthropologie structurale et l’histoire du temps de Claude Lévi-Strauss, la réception de l’œuvre de Descola a été intense et fructueuse chez les historiens (sinologues, antiquisants, médiévistes ou modernistes) qui y ont vu la possibilité de relativiser le partage nature/culture. Grégory Quenet rappelle dans cette séance que cette lecture a autant libéré les historiens qu’elle ne les a entravés.

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Séance 4
RÉGIMES DE TEMPORALITÉ ET CRISE SPATIALE

Bruno Latour, anthropologue et philosophe, professeur émérite associé au médialab de Sciences Po 

Bruno Latour rappelle que le temps est une particularité locale des vivants et non pas un thème ontologique que l’on pourrait étendre et dont on pourrait remplir le monde. Il s’agit d’un point important, car ce basculement du vecteur chronologique au vecteur topologique exige une certaine relocalisation (voire provincialisation) de la notion de temps. Cette provincialisation s’attaque au régime chrétien d’historicité, qui est ce que la chrétienté a fait au cadre de réflexion sur le temps. Le troisième point tient à l’irruption de la question écologique et du régime anthropocénique d’historicité, à un moment où la connaissance que nous avons de l’autorégulation qu’est Gaïa reste obscure, de la même manière que notre philosophie de l’espace reste appauvrie pour penser aussi bien topos que chronos.

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Séance 5
LA SITUATION DE LA CRISE ÉCOLOGIQUE DANS UN MOMENT DE NIHILISME 

Jean-Luc Marion, membre de l’Académie française, Chevalier de la Légion d’honneur et Officier des Palmes académiques

La crise écologique constitue une des preuves les plus patentes de la fin de la métaphysique. Elle accomplit en effet la disqualification de l’un des trois « objets » privilégiés de la metaphysica specialis, c'est-à-dire la theologia rationalis, la psychologia rationalis et la cosmologia rationalis. Cela a pour conséquence de nous faire perdre l’accès à ce que l’on nommait nature, mais aussi de provoquer une résistance du monde lui-même, faisant réapparaître les objets sans pouvoir les recycler (en les faisant donc surgir comme des déchets).

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Séance 6
LES TEMPS DE LA NATURE
 

Nathalie de Noblet, directrice de recherche au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies (CEA) où elle a la responsabilité d’une équipe des sciences du climat et de l'environnement

Jérôme Gaillardet, professeur de sciences de la Terre à l'institut de Physique du Globe de Paris et membre de l'institut Universitaire de France

Nathalie de Noblet évoque d’abord les différents facteurs influençant l’évolution du climat mondial à différentes échelles de temps. Elle aborde ensuite les transformations du climat à l’échelle régionale au siècle dernier, avant de traiter des réponses des écosystèmes au climat ainsi que la manière dont ils influencent le climat. Enfin, elle évoque le futur et les choix de société qui s’offrent à nous. 

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Séance 7
QUE SERAIT UN TEMPS ÉCOLOGIQUE ? SE RENDRE CONTEMPORAINS DU NON CONTEMPORAIN OU D’UNE VOCATION DES MODERNES

Pierre-Yves Condé, maître de conférences en science politique, Université de Bourgogne ; attaché au Centre de recherche et d’étude en droit et science politique (CREDESPO)

Après avoir rappelé trois points d’ancrage du séminaire – la présentation de Dipesh Chakabarty par Grégory Quenet concernant la responsabilité nationale de l’Inde, un échange entre le père Frédéric Louzeau et Grégory autour de la possibilité d’une synthèse et la possibilité qu’offre l’Anthropocène à la politique moderne de se renouveler –, Pierre-Yves Condé développe cinq thèses : la modern-ité est un régime d’historicité ; être Moderne signifie une certaine manière de se temporaliser soi-même et les autres ; se rendre contemporains de non-contemporains ; la vocation des Modernes fait écho à un kérygme ; la situation actuelle nécessite un projet d’intelligibilité de « sciences morales et politiques » renouvelé.

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Séance 8
THE CLIMATE OF HISTORY IN A PLANETARY AGE

Dipesh Chakrabarty, historien, professeur émérite, Université de Chicago

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Séance 9
FINANCE ET CLIMAT

Jean-Jacques Barbéris, directeur du pôle Clients institutionnels et Corporates, Amundi

Augustin Landier, professeur de Finance, HEC

Jean-Jacques Barbéris évoque la manière dont les opérateurs financiers construisent la dimension du temps et comment le système financier cherche à intégrer les enjeux climatiques dans leurs activités. Cette prise en considération des questions liées au climat a longtemps été occultée par la finance, avant de surgir à partir de la conférence de Copenhague en 2009, de mûrir avec les accords de Paris en 2009, puis de s’imposer à la conférence de Glasgow en 2021.

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Séance 10
TEMPS-PAYSAGE. UNE AUTRE MANIÈRE D’AFFRONTER LES CRISES

Bernadette Bensaude-Vincent, professeure émérite à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, historienne et philosophe des sciences et techniques

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Séance 11
LE PAYSAGE AUGMENTÉ

Bas Smets, architecte paysagiste

Durant cette séance, Bas Smets présente cinq projets qu’il a menés à Himarë (Albanie), Bruxelles, Londres, La Défense et Arles. Selon lui, le paysage doit être compris comme l’imagination du pays, ce dernier étant le point de départ d’une dialectique présent/imaginé. Cette démarche doit beaucoup à son dialogue avec Alain Roger, mais aussi à son interprétation de la peinture de paysage depuis la Renaissance et à la lecture d’Alexander von Humboldt. Ses projets présentent les caractéristiques communes de partir des spécificités naturelles du site, de désartificialiser la voirie et le territoire, mais aussi de lutter contre les îlots de chaleur urbains et de favoriser la succession écologique.

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Séance 12
TEMPS, CLASSES ET GENRES DE VIE

Grégory Quenet, titulaire de la chaire Laudato si’. Pour une nouvelle exploration de la terre, du Collège des Bernardins et professeur des Universités en histoire de l’environnement à l’université de Versailles Saint-Quentin Paris-Saclay

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Séance 13
LA MAILLE DE L’HISTOIRE. RÉFLEXIONS SUR LA SAISIE DES TEMPS TRÈS LONGS

Audrey Rieber, maîtresse de conférences en philosophie à l’ENS de Lyon.

L’une des tâches de l’historien qui est d’ordonner choses et événements dans un tout cohérent prend un tour dramatique dès lors qu’il se penche sur des temporalités préhistoriques où les problèmes de méthode suscités par la très longue durée sont aiguisés par les lacunes irréductibles du matériau retrouvé. Comment penser une telle histoire qui semble échapper à nos cadres ? Pour esquisser une réponse, nous prendrons pour fil conducteur les réflexions de George Kubler dans The Shape of Time. Remarks on the History of Things (1962). En tant que spécialiste de l’art précolombien et ibéro-américain, il a été amené à théoriser différentes « formes du temps » à même de saisir les choses dans les mailles de l’histoire. « Le sujet de l’histoire est le temps », affirme-t-il. Les modèles qu’il esquisse ont été soumis à discussion en dialogue avec l’historiographie de l’art de son temps (Erwin Panofsky, Henri Focillon) et aussi avec les théories anthropologiques, biologiques et mathématiques qui lui sont contemporaines. Des notions comme celle de « séquence » ou des théories comme celle, « mathématique des graphes » fournissent peut-être des outils capables d’appréhender la démesure du temps préhistorique ou plus généralement de temporalités excessivement ouvertes et désordonnées.

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Séance 14
TEMPS « CHRÉTIEN » ET RÉGIME ANTHROPOCÉNIQUE D’HISTORICITÉ

Frédéric Louzeau, philosophe et théologien.

Pour apercevoir en quoi la réflexion sur le temps « chrétien » rencontre les débats sur le régime anthropocénique d’historicité (Hartog), il est important de revenir sur une affirmation courante selon laquelle le temps chrétien prend la forme d’une flèche orientée vers l’avenir. Frédéric Louzeau a présenté d’abord les arguments en ce sens d’un théologien protestant, Oscar Cullmann (1902-1999), prenant appui sur un ouvrage fameux de 1946 : Christ et le temps. Puis il a montré, grâce aux travaux d’un philosophe et théologien catholique, Gaston Fessard (1897-1978), comment le schéma du temps chrétien doit être modifié et complété. Enfin, à l’aide du nouveau schéma, il a essayé d’établir quelques rapprochements entre le temps des géologues/géochimistes (J. Gaillardet), le temps des historiens des sociétés (G. Quenet), et le temps des philosophes (B. Latour).

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Séance 15
LE KÉRYGME DE LA TERRE, ET LA QUESTION DE DIEU

Olric de Gélis, théologien, directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins.

En tant que concept relatif à un acte de langage (comme prédication ou annonce), le « kérygme » désigne une manière tout à fait singulière (biblique) de dire et d’écrire l’histoire. Cette manière d’historiographie, qui a fait l’objet d’une nouvelle enquête réflexive de la part de la théologie entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, se caractérise en particulier par l’enregistrement, comme agent de l’histoire humaine, d’un acteur par définition supra-historique (Dieu), et par l’explicitation (annonce) de ce que cela change en conséquence pour le devenir humain.

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