Art et Culture

La musique au Collège des Bernardins

Plus peut-être que tout autre forme d'art, la musique a partie liée avec la liberté. Parce qu'elle peut, sans le secours des mots, dire parfois bien plus que ceux-ci. Parce que, porteuse de valeurs universelles, transmise de bouche à oreille, elle ne connaît pas de frontières. Parce qu'à toutes les périodes de l'histoire, elle a été un puissant instrument de lutte contre l'oppression – comme en témoigne ce concert de Noël, Music for freedom, qui fait se rencontrer plusieurs siècles de chants d'espoir et de liberté...

Placée sous le sceau de la liberté et de l'émancipation, cette nouvelle saison de concerts est inaugurée par une Nuit blanche lors de laquelle une impressionnante installation du compositeur Laurent Durupt viendra démonter et transposer de manière ludique les mécanismes de la surveillance. Les vrais musiciens ne sont-ils pas les artistes les plus affranchis ? On pense à la manière dont un pianiste tel que Mikhail Rudy, venu de l’autre côté du rideau de fer, ou encore un Araïk Bartikian, chantre de la musique arménienne, excellent à se jouer des frontières entre les disciplines artistiques comme entre les styles musicaux, à passer de la partition à l'improvisation. On pense aussi à tous ces musiciens dont il sera question lors des tables rondes et du concert présentés avec Vocello entre janvier et mars, qui, après la guerre, eurent maille à partir avec les diktats esthétiques de l'avant-garde institutionnelle.

Mais on pense aussi à la manière dont les compositeurs du minimalisme, dont l'Américain Dennis Johnson reste l'un des pionniers méconnus, ont su dynamiter les cadres et les carcans des formes canoniques : November, fascinante pièce pour piano seul durant plus de cinq heures, parvient à dilater le temps tout en défrichant des perspectives sonores inconnues, ouvrant à l'oreille de nouveaux horizons. On pense encore à ces musiciens qui, tels l'accordéoniste Pascal Contet ou le trio de viellistes partageant avec lui l'affiche du concert du 18 janvier, ont su offrir à leurs instruments des possibilités nouvelles, les détourner des sentiers balisés pour les frotter à l'inouï...

Ainsi, quand tu insuffles aux musiciens la grâce de transmuer leur art en offrande aux plus fragiles, à l’instar des jeunes lauréats du Prix Pro Musicis, chérie sois-tu, liberté, lorsque tu dilates alors nos cœurs et emportes nos âmes vers des au-delàs mystérieux et infinis.

Hervé de Vaublanc, directeur de la programmation ;
Véronique de Boisséson, musique classique ;
David Sanson, musiques nouvelles ;
P. Thierry de l’Epine, conseiller.

Avec le Soutien de :

The Conny-Maeva Charitable Foundation

Ils sont venus au Collège des Bernardins...

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